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Hommage au maître du malouf, Mohamed Tahar Fergani

jeudi 31 mai 2007, par Said



Jeudi dernier, la ville de Constantine a rendu un vibrant hommage au monstre sacré du malouf, Hadj Mohamed Tahar Fergani, qui fêtait ses soixante-dix-neuf printemps et une carrière exceptionnelle à maints égards. On ne présente plus Fergani dont le parcours a été jalonné par des moments de joie et des périodes d’incertitude à la mesure de ses propres zigzags, entre l’amour d’un art auquel il a sans doute consacré le meilleur de lui-même et un appétit des choses terrestres qui l’a quelque peu desservi auprès des ascètes de la musique andalouse. A vrai dire, El Hadj Fergani n’aura été sujet aux tentations matérielles ni plus ni moins que la plupart de ses pairs, exception faite, peut-être, du regretté Hassan Al Annabi. Les autres, tous les autres, ont immanquablement souscrit au cursus honorum qui, d’ailleurs, permet de franchir les portes d’une certaine audience médiatique et autre.

L’atmosphère qui a présidé à la soirée organisée par l’ONDA à Constantine, avec la présence de nombreux artistes venus de tous les coins du pays, dont Hadj Ghafour, Hamdi Bennani et Dib el Ayachi notamment, en témoigne, Fergani occupe une place privilégiée et vraiment particulière dans le cœur et l’esprit de ses compagnons, des mélomanes et du public algérien. C’est qu’il incarne, à lui seul, un pan entier de la mémoire musicale de Constantine et du malouf, et qu’à ce titre il représente un passage obligé pour tous ceux qui veulent affûter leur savoir, confirmer leur prestance, asseoir leur notoriété, aussi humble soit-elle. Est-ce par hasard qu’est sans cesse souligné son rôle fondamental dans la préservation du patrimoine autant que dans son enrichissement ? Sûrement pas, car il a indéniablement assuré la transmission du flambeau à la génération nouvelle dont il a personnellement armé quelques figures. Comme aussi il a dépoussiéré certaines pages du malouf en leur rendant leur indicible majesté et leur sonorité originelle. La voix chaude et envoûtante du rossignol constantinois accompagnera désormais pour toujours les images de la cité numide, haut perchée au-dessus de l’abîme que surplombent le pont Sidi Rached et le pont suspendu. Et l’eau du Rhummel reflétera à l’infini les mélopées ferganiennes dont les nuits de Cirta sont sans cesse enveloppées. Depuis des années, l’artiste et l’homme semblent s’être réconciliés, malgré les aléas de l’aventure mercantile et c’est ce qui compte le plus.

Fergani est aujourd’hui tel un phare du malouf dont les chantres guettent le moindre éclat, avec un brin de nostalgie et un réel serrement de cœur. Il symbolise, qu’on le veuille ou non, une Algérie traditionnelle dont n’ont pas eu complètement raison les nouvelles mœurs et les valeurs importées au gré desquelles se façonnent des générations qui n’ont presque plus de repères. Le sceau du malouf est, dans la main de Fergani, comme le gage d’authenticité féconde d’une Algérie ressourcée et il constitue, pour ses quatre-vingt ans annoncés, une magistrale promesse dont on peut encore beaucoup espérer.

La Tribune

P.-S.

La Tribune

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