dimanche 20 janvier 2008, par Said
La protesTItion des lycéens contre la surcharge des programmes de terminale gagne en ampleur.
Hier, dans plusieurs wilayas du pays, des candidats au bac 2008 ont boudé les cours et sont sortis dans la rue pour revendiquer l’allègement des nouveaux programmes et l’adapTtion des sujets d’examen avec les cours effectivement dispensés. Des marches de contestation ont été organisées dans plusieurs wilayas.
A Oran, les élèves de terminale ont réinvesti hier la rue, après la marche avortée jeudi par les forces de l’ordre pour protester contre la surcharge des programmes pédagogiques. Cette fois-ci, les lycéens étaient mieux organisés et le mot d’ordre de manifestation avait bien circulé grâce aux téléphones portables, aux tracts mais aussi à Internet, où un site électronique a été mis en ligne par les contestataires pour mobiliser leurs camarades. Il était 9 h quand les lycéens de plusieurs établissements de la ville d’Oran ont décidé de descendre dans la rue pour une marche de contestation vers la direction de l’Education. Les forces de sécurité mobilisées pour éviter tout débordement avaient essayé à maintes reprises d’empêcher la marche des lycéens dans le 1er boulevard périphérique, mais le nombre impressionnant des contestataires a compliqué la tâche des policiers. Quelques lycéens ont affirmé qu’ils avaient été bastonnés par des éléments des services de sécurité. De son côté, une source de la police a démenti ces propos, tout en précisant qu’il n’y a eu aucune interpellation durant cette action de contestation.
Des centaines de lycéens ont réussi tout de même à atteindre la direction de l’Education, qui a été assiégée durant plus de deux heures par les contestataires, qui ont exigé de rencontrer le directeur de l’Education pour obtenir « des éclaircissements mais surtout des garanties » quant à la prise en charge de leurs revendications. Un grand rassemblement a été tenu, à partir de 10 heures, par les lycéens au niveau du siège de la direction de l’Education. Une foule compacte de lycéens s’est amassée devant l’Académie et ses abords.
Si le sit-in des jeunes manifestants n’a connu aucun dérapage, il n’en demeure pas moins que les policiers mobilisés sur place étaient sur les dents. Les visages des éléments des forces de l’ordre, dépêchés sur les lieux à bord de quatre fourgons - sans compter les véhicules bleus en stationnement devant le siège de la wilaya côté parking -, laissaient transparaître une certaine tension. Arborant des pancartes dénonçant « les programmes surchargés » et réclamant leur « décompression » et surtout « l’élaboration des sujets de l’examen du bac en fonction du programme effectivement dispensé », les manifestants ont été unanimes à exprimer leurs appréhensions d’être interrogés au bac sur des sujets qui figurent sur le programme mais non enseignés en classe.
Au plus fort de la grogne, aux environs de 11 heures, le directeur de l’Académie accepte de prendre langue avec les représentants des lycéens manifestants pour écouter leurs doléances, les éclairer sur certains points et calmer les esprits. Le premier responsable de l’Education nationale au niveau de la wilaya d’Oran, accompagné d’un nombre de responsables de son Académie, reçoit ainsi des « délégués » des lycées prenant part à la protestation. Dans un point de presse qu’il a animé à l’issue de sa réunion avec les représentants des lycéens, le directeur de l’Académie a souligné que « les revendications des lycéens de la 3ème année sont parfaitement légitimes », dans la mesure où, a-t-il ajouté, « le nouveau programme des classes de terminale pose un problème ». Il nuancera toutefois en ajoutant : « Le nouveau programme n’est pas surchargé sur le plan contenu pédagogique, mais c’est la manière d’aborder ce programme qui n’est pas à la hauteur ». Mais il rectifiera un peu plus loin : « Je ne suis pas en train de remettre en cause le travail des enseignants, mais il s’agit de la première année bac de la réforme et c’est normal qu’il y ait quelques difficultés ».
Le même responsable a tenu à rappeler « les précisions » du ministère, à savoir que « les sujets du bac ne porteront que sur les programmes effectivement dispensés » et que « les cours seront prodigués selon le rythme et la cadence normaux ». Il est à noter par ailleurs que les lycéens protestataires se sont donnés le mot de reprendre les cours dès aujourd’hui, mais ont menacé de reprendre le mouvement de protestation si le ministère ne concrétise pas son engagement.
A Aïn Témouchent, le mot d’ordre de la veille a été respecté. Environ 600 élèves ont observé un sit-in devant la direction de l’Education de Aïn Témouchent. Il s’agit de lycéens de la terminale venus des établissements de Aïn Témouchent et de Chaabet El-Leham pour présenter une plate-forme de revendications à la direction de l’Education. « Au moins six lycéens faisaient partie du groupe devant s’entretenir avec les premiers responsables du secteur », affirmait une lycéenne venue du lycée Bachir Ibrahimi de Aïn Témouchent.
HUIT LYCEENS INTERPELLES A CONSTANTINE
A Constantine, les élèves de terminale, qui projetaient de relancer le mouvement de protestation après un premier échec essuyé la semaine dernière, ont été « impressionnés » par le dispositif mis en place dès 6 h du matin par les services de sécurité.
Les élèves du lycée Tarek Ibn Ziad, principaux animateurs de la marche, étaient les premiers à être surpris par la présence des policiers à proximité du lycée Zighoud Youcef, lieu de leur première escale. Il était 8h15 quand les élèves des deux lycées, empêchés de rejoindre le lycée Ahmed Bey, ont décidé de détourner la marche vers l’autoroute du boulevard de l’Est pour remonter par les escaliers menant vers la cité Ahmed Bey (ex-Lauriers roses) et contourner ainsi le cordon de sécurité. Mais le barrage fixe installé à proximité du CEM Khoualdia les a dissuadés, comme il l’a fait pour la procession d’élèves venus du technicum de Djebel Ouahch. Coincés entre l’autoroute du boulevard de l’Est et leurs établissements respectifs, les protestataires ont fini par se rendre à l’évidence et décident d’observer un « wait and see », espérant le départ des policiers.
A 9h 10, les élèves du lycée Ahmed Bey, ignorant tout de la situation, mettent en branle la marche et tentent de rejoindre comme convenu les élèves de Tarek Ibn Ziad et Zighoud Youcef, mais les nombreux policiers en faction devant l’ENS, qui avaient prévu cette démarche, ont vite fait, et avec diplomatie, de leur faire rebrousser chemin.
Réalisant la difficulté de rejoindre le gros de la troupe au lieu du rendez-vous, les contestataires décident de changer de cible et détournent la marche vers le technicum Ali Boussehaba et le lycée Saadi Tahar Harat : mais là aussi, la stratégie mise en place par les service de sécurité a réussi à les en dissuader, les obligeant à rebrousser chemin. Ainsi, ils furent repoussés jusqu’au lycée Ahmed Bey. « Nous n’avons pas prévu cela », reconnaît un lycéen déçu par la tournure des événements.
Questionné sur la suite à donner, il avoue : « Beaucoup de camarades nous ont lâchés, et si nous avons échoué ce matin où il y avait les élèves des sep lycées de la circonscription, nous ne pouvons pas réussir maintenant que beaucoup se sont résignés à reprendre les cours ». A 10h15, tous les lycées ont retrouvé le calme et les élèves ont soit regagné leur domicile, soit ils ont réintégré leur classe. « La situation est parfaitement maîtrisée et aucun dégât n’est à signaler », nous déclare un policier responsable des opérations, sur le terrain depuis 6 h. Au centre-ville, la marche en branle depuis les lycées Malek Haddad et Boudjenana n’est pas allé plus loin que le stade Benabdelmalek, où le mouvement fut stoppé par les policiers postés en ces lieux pour la circonstance, alors que les élèves des lycées Youghourta, El-Houria et des Soeurs Saadane ont été empêchés de quitter le Coudiat. Des sources policières nous ont confié l’interpellation de pas moins de 8 élèves au niveau de l’avenue Kaddour Boumeddous. « Ils seront interrogés en présence de leurs parents et fichés. Nous tenterons de remonter jusqu’aux principaux instigateurs de cette protestation », confie-t-on du côté des services de police.